• Titre : Le livre des choses perduesLivres des choses perdue
  • Auteur : John Connolly
  • Illustrateur : Renaud Bec
  • Éditeur : J’ai Lu Fantasy
  • Page : 377
  • Parution: 7 Mai 2011

 

J’ai été tenté par la couverture sombre de Renaud Bec, et encore plus par son synopsis aussi sombre que mystérieux :

« L’Europe est sur le point de basculer dans la guerre. Le jeune David est trop petit pour comprendre la politique, mais il n’en ressent pas moins l’inquiétude qui, chaque jour, mine un peu plus les traits de son père. Le garçon se retrouve livré à lui-même, seul avec Rose, celle qui a remplacé sa mère défunte. Mais un jour, la voix de cette dernière l’appelle, elle est là, toute proche, quelque part au fond du jardin, dans ce tronc creux qui, hier encore, n’était pas là… Et voilà David aspiré dans un autre monde, peuplé de créatures tout droit sorties des contes qu’il lit à longueur de journée. Un lieu magique et violent où, au détour de chaque chemin, le guette un danger qu’il doit affronter s’il veut un jour rentrer chez lui. »

Le roman commence lorsque David va perdre sa mère, avec qui il est très proche, et partage une passion commune pour la lecture. Son père va finir par retrouver quelqu’un et avoir un deuxième fils. À partir de la mort de sa mère, et encore plus avec l’arrivé d’étrangers dans sa vie, les problèmes commencent : David se met à entendre les livres et à avoir des pertes de conscience, de plus en plus longues. Ces pertes de consciences n’en sont pas vraiment, puisque David en garde des souvenirs. Un soir, persuadé d’avoir entendu sa mère, il suit cette voix et vas finir par rejoindre un monde étrange et dangereux peuplé des êtres de conte.

Un des grands thèmes de ce roman est  la lecture et les livres. Les références aux contes et récits populaires sont nombreuse. J’ai beaucoup aimée comment l’auteur laisse une grand place à aux écrits à et à l’imagination.

« Les histoires restent endormies, dans l’espoir de se réveiller un jour. Mais quand quelqu’un se met à les lire, elles commencent à se transformer. Elles s’enracinent dans l’imagination du lecteur et peuvent le métamorphoser. Les histoires veulent être lues, disaient la mère de David. Elles en ont besoin. »
Le Livre des choses perdues

 

John Connolly fait une véritable ode aux livres, tout au long de son récit, il évoque le pouvoir de l’imagination, mais plus que cela, il donne vit aux livres, il leurs donne le don de la parole par David.

« Certains livres semblaient débattre avec d’autres sur un ton très emphatique, à la façon des experts que David entendait parfois sur la TSF, discuter avec d’autres experts qu’ils tentaient d’impressionner par leur intelligence »
Le Livre des choses perdues

« Lorsque ce dernier [Dr Moberley] posait un question que tous les livres approuvaient, ils la saluaient d’un « Hummm » à l’unisson, comme un chœur d’hommes répétant la même note. En revanche, si le docteur faisait une remarque qu’ils réprouvaient, ils étaient sans pitié.
—Espèce de rigolo !
—Charlatan !
—Baliverne !
—Quel imbécile…
Un jours, un livre dont la couverture portait, gravé en lettres d’or, le nom JUNG, entra dans un colère telle qu’il tomba de son étagère et atterri sur le tapis, tout fulminant ».
Le Livre des choses perdues

Connolly donne aux livres une âme propre, et éternelle, qui vit en chaque lecteur.
Le roman est aussi centré sur la réécriture de certains contes et mythes, dans un ton macabre et critique, ainsi, Blanche–Neige deviens une peste, que les nains ont tentés de tuer, et qui en a fait fuir son prince, le chaperon rouge est revue deux fois, de façon moins joyeuse et plus sanglante, avec un garde forestier moins serviable et une allusion au mythe du minotaure.

Ces récits, qui se greffent au récit principal, ou qui sont rapporté par un personnage, etc… s’intègrent bien à l’intrigue, et sont très bien réécrit, et originaux. Cependant, le macabre des récits, range ce roman dans une catégorie plus adulte (Plus de 15 ans selon moi).

Un des personnages qui rend ce roman moins accessible aux plus jeunes, est notamment l’Homme Biscornu. Ce personnage est l’incarnation du mal, de la cruauté et de la perversion. Malheureusement, je l’ai trouvé très incomplet, il manque cruellement de description, on annonce plusieurs fois son apparition, mais les descriptions sont à chaque fois très maigres, et son origine reste très floue… C’est pourtant un des personnages central du roman…

Outre, ces points, l’auteur évoque sur la mort vue par l’enfant.
David, après s’être glissé sous son lit :

« C’était donc ça la mort : se retrouver pris au pièges dans un espace étroits, bloqué pour l’éternité sous un poids écrasant. »
Le Livre des choses perdues

Mais, aussi, l’incompétence des adultes à aider un enfant en deuil ou en détresse, le Dr Moberley ne pose jamais les bonnes questions, le père de David est trop centré sur son nouveau née pour l’aider etc…

La reconstitution familiale, est par ailleurs un thème important, sinon principale, puisque l’intrigue tourne autour. Connolly évoque la reconstitution d’une famille et l’arrivé d’un nouveau membre : David est souvent ignoré au profit de son frère, et lorsque son père rencontre Rose, il ne laisse ni le temps à son fils de s’adapter, ni de faire son deuil. L’avis, et le vécu de David sont complètement ignoré pas les adultes, durant une bonne partie du livre.

David quant à lui vit mal le fait que son père refasse sa vie si vite, et qu’il est un second enfant. C’est ce thème, l’acceptation d’un nouveau membre, qui est le principal fils conducteur, avec le deuil, du roman.

Deux histoires se rapportent à cela, et John Connolly émet l’idée que l’acceptation d’un nouveau membre, le protéger, permet d’une certaine façon de sortir de l’égoïsme enfantin, pour rentrer dans l’âge adulte, avec des responsabilités, notamment, et aussi la prise de conscience des autres.
Ce livre est vraiment un sorte de roman d’apprentissage, à l’instar des romans médiévaux, comme Lancelot, David prend conscience du monde, des autres … et en ressort transformé.

L’auteur évoque beaucoup l’enfant qui est ne nous, par les contes, et tout la vision qu’on peut avoir du monde à cette âge. Il le réussit, David est un enfant soucieux de sa mère, mais aussi enfantin, égoïste, un poil capricieux, qui peine à comprendre les complexités du monde adulte.
Outre son titre, le roman évoque toutes les choses que l’on peut perdre dans sa vie : les être chère, sa vie, etc… Les peines, lié à la vie adultes, à la guerre …

[Spoil]

Toutes ces choses qui ne seront rendu à David que lors de sa mort : « Alors, dans l’obscurité, David ferma les yeux et tout ce qu’il avait perdu lui fut enfin rendu ».
Le Livre des choses perdues

[Fin du Spoil]

C’est un récit inquiétant, malsain, parfait pour Halloween, mais aussi poétique. Le fond de la Seconde Guerre mondial est bien rendu, il donne une ambiance doublement lourde et sombre, sans prendre la place sur l’aventure de David, mais plutôt en lui faisant écho.

Un autre point fort du roman sont ses titres de chapitre, qui nous donne l’envie toujours envie de lire la suite, c’est un livre très dur à poser une fois qu’ont la ouvert.

I. Où il est question de ce que l’on trouve et de ce que l’on perd
XIII. Où il est question de Blanche–Neige qui est effectivement insupportable

Cependant, au début du roman, j’ai eu du mal à suivre, les actions sont peu détaillées, on manque cruellement d’information sur David, sa famille et les autres personnages. Ils n’y a presque aucune description des personnages. L’Homme Biscornu est très peu décrit, et on a très eu d’information sur la maladie de sa mère ect…

Les plus :

  • La réécriture des contes
  • Un récit sombre et poétique
  • Les questions évoquées (mort, nouveaux membres de la famille, les livres…)
  • Le fond de la Seconde Guerre mondiale

Les moins :

  • Trop peu de descriptions
  • Manque d’information, au début et sur le monde dans lequel se rend David.
  • Un début décousu qui peut perdre le lecteur.

Note : etoile etoile etoile etoile coups-coeur-etoile-icone-9451-96
Pour finir, ce roman de John Connolly est très beau et sombre. Il réécrit avec originalité les contes de notre enfance. Cependant, le début du roman est très décousu, et on manque cruellement d’information, autant sur les personnages que sur le déroulement de certains faits, notamment l’apparition de l’Homme Biscornu. Mais il donne matière à réfléchir, sûr beaucoup de questions, autant pour les adolescents que pour les adultes.
Il ressemble beaucoup, selon moi au Labyrinthe de Pan de Guillermo del Torro, avec son ambiance sombre et fantastique.

Ce roman, malgré ses défauts, reste tout de même une très bonne lecture et m’a donné envie de découvrir d’autres œuvres de John Connolly, notamment les aventures de Charlie Parker.

Lien Amazon (cliquez sur l’image) :

Citations :

[Risque de Spoil]

« Il était une fois – car c’est ainsi que toutes les histoires devraient débuter – un petit garçon qui avait perdu sa mère.
A vrai dire, il avait commencé à la perdre voilà bien longtemps. La maladie qui la rongeait était une chose terrifiante et sournoise, un mal qui la dévorait de l’intérieur, consumant à petits feux sa lumière de sorte qu’au fil des jours ses yeux perdaient un peu de leur éclat et sa peau devenait un peu plus pâle. »
Le Livre des choses perdues

« Les histoires dans les livres détestent les histoires dans les journaux, disait la mère de David. Les nouvelles des journaux sont comme des poissons qui viennent d’être pêchés : elles sont intéressantes tant qu’elles sont fraîches, c’est-à-dire jamais très longtemps. Elles sont tapageuses et insistantes, comme ces vendeurs à la criée de l’édition du soir, alors que les histoires – les vraies histoires, celles qui sont inventées – ressemblent à des bibliothécaires sévères mais serviables officiant dans les salles de lecture aux rayonnages bien garnis. Les histoires des journaux sont aussi volatiles que la fumée, aussi périssables qu’éphémères. Elles ne s’enracinent nulle part, ce sont de mauvaises herbes proliférant sur le sol, cachant le soleil à des contes autrement plus dignes d’intérêt »
Le Livre des choses perdues

« Les murmures des livres s’amplifièrent, leurs voix se mêlèrent en un grand cœur joyeux car ils savaient qu’une histoire était sur le point de finir et qu’une autre allait bientôt commencer. »
Le Livre des choses perdues

« Car il y a en chaque enfant un adulte en devenir, et en chaque adulte l’enfant qu’il fut »
Le Livre des choses perdues

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